Les Chroniques de Shookett

billets d'humeur et d'humour, pis d'abord je dis ce que je veux !

15 mai 2007

(Mets le titre que tu veux)

Ce monde de merde est pas prévu pour les célibataires. J’ai l’impression que les célibataires ont une maladie grave et contagieuse, genre si je me soigne pas, bientôt j’vais mourir. Tout est par deux ou pour deux. Va acheter une bagnole, un appart, ou un meuble seule. Forcément la vendeuse va te sortir votre conjoint et toi de rétorquer y’en a pas. Là on au choix on te prend pour une pauvre chose esseulée et abandonnée et on te dit la phrase qui achève ça viendra vous en faites pas (et si j’ai pas envie que ça vienne bourdel) ou alors t’es comme si y’avait un écran digital sur ton front qui affiche pigeon arnaquez moi. Si t’ose aller au ciné ou à un concert seul(e) limite on te prend pour un(e) pestiféré(e) (r’garde là ! Elle a pas d’amis). Des amis j’en ai … mais à l’exception de 2, ils sont tous en couple. Tu fais tes courses, tout est par deux ou pour deux personnes. Tout ce qui ressemble de près ou de loin à un truc estampillé pour célibataires tout seuls et désespérés ça me fait penser à un vaste marché à la viande. Avec une obligation de résultat (genre si tu trouves pas comme ça, t’es qu’un looseur). Le pire c’est les voyages. Voyager seul(e) c’est une vraie galère. Déjà les chambres single coûtent un bras, et le circuit plage-piscine en faisant la conversation à son aïpod ça va bien deux jours, paske les gens en groupe ne vont pas faire la conversation à la tarée qui part seule en vacances pasqu’elle a pas d’amis.

Quoiqu’en Turquie tout le personnel masculin de mon hôtel (et des hôtels voisins, et les commerçants, et les pseudos guides, et les montreurs de chameaux, et les taxis…) étaient super adorables et compatissants, en gros tout mes conversations ressemblaient à ça :
Autochtone : Ooooh vous voyagez seule ! Pourquoi ? (regard de chien battu triste, tête penchée sur le côté)
Shookett : [lève les yeux de son bouquin, pose son aïpod kestum’parles toi ?] Pasque j’ai tué tous mes amis, mon mari, mon amant et mon chien. (Bon en vrai j’ai dit ça :) Pasque personne n’a voulu m’accompagner 
Autochtone : [la même tronche qu’avant mais pire] Ooooooh c’est triste. [regard lubrique activé] si tu t’ennuies tu viens me voir, je te montrerai le pays… [bave au coin des lèvres]

Le premier il est gentil, le 27 ème de la journée, t’as envie de l’empaler avec un parasol.

J’en viens doucement mais sûrement à ce souvenir que j’ai envie de vous raconter. Moi j’aime les vacances galères, paske dans ma vie c’est routine, du coup pour les vacances je cherche le dépaysement et les aventures (dans tous les sens du terme d’ailleurs), mais comme je suis loose-girl, la fille à qui il arrive que des merdes (wé c’est mon super pouvoir à moi) pour que mes vacances soient mémorables, et pour bien faire, il faut qu’il m’arrive des trucs de ouf, alors en général je force ma (mal)chance. En gros j’attire les emmerdes et j’aime ça.
Alors l’an dernier, j’ai voulu m’offrir une semaine de farniente au soleil. Et comme personne dans mon entourage n’a voulu m’accompagner (en même temps, si j’attire que les emmerdes, ça peut se comprendre) j’ai eu l’idée de poster un message genre recherche compagnon de voyage sur un vrai site de baroudeurs comme je les aime. Ils ont été 3 à répondre, 2 filles un gars, même âge mêmes attentes NICKEL !
On s’est rencontré pour la première fois à la gare, juste avant d’arriver à l’aéroport. Je fais la connaissance d’Audrey, Michel et Jérôme. On prend nos places dans l’avion, deux par deux, Audrey et Michel devant, Jérôme et moi derrière. Devant ça n’arrête pas blablabla et moi incorrigible bavarde mais seulement quand on me parle, je me retrouve face à un mur. Bon spas grave on va tenter de lui faire la conversation, je connais rien de lui on va bien trouver un point commun. Je fais mine de farfouiller mon sac, et je sors mon aïpod et j’entame la conversation :
Shookett­ : tiens j’ai ramené de la musique, t’aime quoi comme musique
Jérôme : Bwoh j’écoute jamais la musique, j’y connais rien mais au travail la radio ne me dérange pas. 
Oscour. Vite vite un autre sujet… eeeeeeuh
Shookett : Oh les écrans, je me demande s’il vont nous passer un film. T’aime quoi comme genre de films ? 
Jérôme : J’vais jamais au ciné, j’regarde jamais la tévé. 
Bouhouhou. Bon allez, dernier recours culturel mon roman.
Shookett : T’as ramené de la lecture pour la plage ?
Jérôme : Non j’aime pas lire à part les revues informatiques.
Shookett : Et sinon tu voyages souvent ?
Jérôme : Non c’est rare.
Là c’est clinique, il a l’air réfractaire à toute conversation… L’aïpod sur les oreilles, le nez collé au hublot je joue l’huître pour éviter de le secouer dans lui sens et de lui hurler MAIS DIT QUELQUE CHOSE DE CONSTRUCTIF BOURDEEEEEEEL, et on part.

Le reste du séjour se passe pas trop mal, je m’entends bien avec Audrey et Michel mais alors avec Jérôme, c’est viscéral, y’a pas moyen. Bon ce qui me rassure c’est que le reste du groupe a le même problème avec lui. Au fil des jours Audrey et Michel se rapprochent et passent de plus en temps à s’isoler (genre le truc à peine flag). Du coup je me retrouve de plus en plus souvent avec Jérôme, et je suis à deux doigts de le planter là pour aller à la plage ou au souk.

Les trois derniers jours il pleut comme une vache qui pisse incontinente et on profite d’une accalmie pour aller tous les 4 visiter une ville à quelques kilomètres de bus. La visite est chiante finalement, rien ne ressemble plus à un souk tunisien qu’un autre souk tunisien, on a vite fait le tour et on décide de se tirer. On descend de bus et on chope un taxi-bus pour retourner au centre, mais très vite paske c’est la foire à la grenouille sa race et y’a comme un pédiluve partout. On est à peu près 72 dans une estafette. On respire pas. L’arrivée c’est comme le métro à Paris, d’abord on rentre pis les autres sortent, c’est trop fun les vacances. On fait trois pas sur le trottoir, on est trempés jusqu’au slip et on se dit que mouillés pour mouillés c’est pu la peine de courir s’abriter. Michel doit encore acheter des pâtisseries comme c’est le dernier jour et Audrey l’accompagne, moi j’en ai plein la dix-septième lettre, je préfère faire ma chieuse et décide de rentrer, Jérôme est moyen motivé de tenir la chandelle il m’accompagne. 

En temps normal (40 degrés à l’ombre) trouver un taxi c’est trop facile, à peine sorti de la Medina ou de l’hôtel, ils se jettent sur toi et sont prêts à te kidnapper. Mais quand il pleut sa race c’est plutôt toi qui a envie de prendre le premier qui passe, et même de te foutre dans le coffre s’il est plein (le taxi pas le chauffeur). On en trouve un assez vite, pas la peine de négocier c’est foiré d’avance avec ce temps. On monte dedans, tous les deux derrière. Piske Jérôme est limite un associal, je fais la conversation au taxi, eux au moins ils causent

Shookett : Berk quel temps, c’est dommage c’est notre dernier jour
Taxi : Oooh vous partez déjà ? Vous êtes restés combien de temps
Shookett  : Une petite semaine
Taxi : C’est ton gazou ?
Shookett : [du tac au tac, j’lui ai même pas laissé le temps de finir sa phrase] Nooooooooon ! (vision d’horreur suprême wé)
Taxi : Et tu as un gazou ?
Shookett : Non
Taxi : [j’le vois venir de super loin] Et toi tu as une gazelle ?
Jérôme: [mmmh ? on me parle] Non
Taxi : Et tu es venu ici pour te trouver une gazelle du pays ?
Jérôme: Gn ?
Shookett : Le monsieur te demande si tu es ici pour te trouver une tusienne.
Jérôme: Ah, heu non.
Taxi : Et vous êtes pas ensemble ? Vous vous connaissez depuis longtemps ?
Je suis prête à sortir un vieux bateau genre « c’est mon frère » quand je suis prise de court
Jérôme: Une semaine
Shookett : [raaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah que quelqu’un le fasse taire]
Taxi : Et vous êtes venus tous les deux ensemble ?
Shookett : Wé on est partis à 4 avec un autre garçon et une autre fille, par l’intermédiaire d’une annonce internet, pour partager les frais.
Jérôme: …d’ailleurs les deux autres sont ensembles maintenant…
Shookett : [si je l’étrangle avec la lanière de mon sac à main et si je paye grassement le chauffeur chuis sure que je pourrais enterrer le corps dans le sable suffisamment profondément pour qu’on ne voie rien] mwé en plus.
Taxi : [se retourne et me regarde] tu sais la gazelle elle est jolie… moi ce soir j’attendrai que tout le monde dorme, j’irai dans sa chambre et hop !
Shookett : [hop ? nan mais de quoi je me mèle ? et toi le nain, tu dis un mot, tu acquiesces seulement et je prends même pas la peine de t’étrangler !] Bah il peut toujours essayer mais je suis loin d’être polie quand on me réveille la nuit (pour rien) (sous-entendu, la nuit je peux être sauvage et je mords) (fort)

Le taxi arrive enfin, je sors, Jérôme paie et je vois le chauffeur glisser un mot, un regard dans ma direction et lui fait un clin d’œil.
Non mais je rêve.

On arrive à la réception on va chacun dans notre chambre. Limite je m’enferme à double tour. Un peu plus tard les deux enf tourtereaux reviennent, on décide d’aller manger. Les premiers jours on était super contents d’avoir des Bungalows, pas de problèmes de voisins du dessus, pas d’escaliers ou d’ascenceur, le rêêêve quoi ! Wé mais sous l’eau c’est moins drôle tu peux pas ouvrir la porte sans te faire saucer, les vacances c’est merveilleux.

A table, Audrey me demande les clefs du bungalow, et Michel récupère les siennes. Genre « j’ai un truc à récupérer dans la chambre » « wé moi aussi ». Ils se barrent vers 20h00 en nous laissant comme deux pof cons. Trop sympas. Si seulement ils pouvaient se choper un tour de rein en faisant leur galipettes…

2 plombes que ça a duré. 2 plombes que je suis restée assise à côté de Jérôme à la réception en échangeant peut-être 3 phrases (et encore j’ai eu droit au minimum syndical : sujet-verbe (et parfois) complément). On dirait presque qu’on se fait la gueule. L’instant le plus long de ma vie. Du coup j’en ai eu ras-le-bol, sans mon kit de survie (bouquin ou sudoku ou aïepod ou encyclopédie ou point de croix enfin un truc pour m’occuper quoi) je tenais plus je décide braver la flotte et faire ma valise, paske mine de rien on se lève quand même à 8 heures demain hein ?
Même pas il a eu le temps de lever un sourcil, je suis déjà dehors. 120 litres de flotte dans ma goule plus tard, je suis devant la porte de mon bungalow, je frappe, pas de réponse, merdalors, je vais dans le bungalow des gars, je frappe, niet, bon… légèrement courroucée et à deux doigts de tenter une intrusion par la fenêtre, je rentente ma chance dans notre bungalow, je frappe défonce la porte comme une barge. Finalement Audrey m’ouvre Michel est allongé sur le lit, j’les trouve légèrement débraillés. Rinafout’ je tape l’inscrut’.
Shookett : [débarque dans la chambre en furie] désolée de vous déranger, mais là je peux plus. 2 plombes avec l’autre à le regarder dans le blanc des yeux, soit je me barrais soit je le tuais. Du coup j’vais prendre ma douche.
Michel : Je te comprends tous les soirs j’ai droit à « bonne nuit » « bonne nuit » point final !
Pendant que Michel et Audrey sortent pour rejoindre un plumard moins entouré je m’enferme dans la salle de bains à double tour et finis par mouiller les 4 cm2 de mon corps qui sont encore secs.

Je me lave, me sèche, et m’habille version cocooning (une nuisette basta !), au moment ou je sors de la salle de bains, on frappe à la porte. Je constate qu’Audrey a oublié de prendre les clefs, et pensant que c’est elle, j’ouvre la porte en grand !
Jérôôôôôôôme (bouhouhou)
Et là, PLAF ! Toute la conversation avec le taxi me revient dans la face !
Nooooon
Pitié pas çaaaaaaaaaaaaaa !
Shookett : wé ? (aimable comme une nana en nuisette nez à nez avec un emmerdeur)
Jérôme : eeeuh t’as pas vu Michel ?
Shookett : (habillée comme je le suis, c’est sûr qu’il est là !) Non pas vu, t’as frappé à ton bungalow ?
Jérôme : wé mais ça ouvre pas, pis y’a pas de lumière
Shookett : (au top du romantisme) pour s’qu’ils doivent y faire, z’ont pas besoin de lumière je pense. Mais quand ils étaient ici, j’ai du frapper longtemps. Réessaie.
Jérôme : Ah ok je PAF [porte claquée]
pas eu le temps de le laisser continuer, la valise attend pas.

Je l’ai pas revu jusqu’au lendemain, peut-être il a dormi dehors, mais en fait je veux même pas le savoir !
Le retour c’était horrible, y’en avaient deux soudés et un autre qui a prononcé une phrase en tout entre l’hotel et le RER merdouj’aifoutumacarted’identité ?

J’l’ai même pas recontacté lui… chuis trop bête des fois, j’me rends compte qu’il m’aurait foutu une paix royale en fait.

Sauf que moi chuis pas faite pour avoir la paix.

Copyright shookett qui a pondu ce chef d'oeuvre aux alentours de 18:44 - Travel Warrior - Vous m'avez envoyé 3 insultes - Permalien [#]

Commentaires

    Le titre ça pourrait être deux garçons, deux filles, une seule possibilité?

    Copyright sifi le 15 mai 2007 à 20:47
  • mdr

    Copyright Zabel le 18 mai 2007 à 12:20
  • mdr

    Copyright Zabel le 18 mai 2007 à 12:20

M'insulter en public